Le destin du capitalisme

 


Joseph Schumpeter, Le capitalisme peut-il survivre ? Payot, 2011 (1947), 206 p.


Si le capitalisme renouvelait pendant un demi-siècle à partir de 1978 sa performance antérieure, il éliminerait d'un même coup de la population les couches les plus déshéritées. (17) Autrement dit l'achèvement capitaliste a consisté à mettre à portée des ouvriers d'usine des biens autrefois réservés une classe sociale.


Chapitre 3 : Le processus de destruction créatrice

Le point essentiel : par rapport au capitalisme nous avons affaire à un processus d'évolution. « Non seulement il n'est jamais stationnaire, mais il ne pourrait jamais le devenir. » (50) Il est renouvelé par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types d'organisation industrielle. Ce processus de destruction créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme. Toute entreprise doit s'y adapter. Mais ces révolutions ne sont pas incessantes, elles se réalisent par poussées successives.

On ne peut juger le rendement d'un tel système qu'au bout de dizaines ou de centaines d'années. (52 cf. Les effets écologiques désastreux n'ont pas été mesurés au moment de l'apogée de l'exploitation minière par exemple).

L'investissement à long terme est une pratique aveugle. En effet les conditions changent constamment notamment sous l'effet de techniques nouvelles. Ainsi, « il suffit de considérer le cas d'un groupe contrôlant un procédé technologique dont l'emploi entraînerait la mise au rencard de tout ou partie de ses outillages ou équipements. Ce groupe renoncera-t-il, aux fins de protéger ses valeurs capitalisées, à exploiter ce brevet, alors qu'une gestion non ligotée par les intérêts capitalistes (disons, une gestion socialiste) pourrait mettre le nouveau procédé au service de la communauté et n'hésiterait pas à le faire ? » (76)

À propos du progrès technique : il est faut de dire que « l'initiative capitaliste et le progrès technique ont été deux facteurs distincts du développement constaté de la production ; en fait, il s'agit là essentiellement d'une seule et même entité, ou encore, si l'on préfère, le premier a été la force propulsive du second. » (103)

« Le capitalisme a tout compte fait constitué la force qui a propulsé la rationalisation du comportement humain. » (133)

Mais le progrès économique temps à se dépersonnaliser et à s'automatiser : les formes de résistance à un nouveau produit par les producteurs et les consommateurs a quasiment déjà disparu. (147)

La fonction même des entrepreneurs tend à être menacée : les besoins sociaux servis par ces entrepreneurs sont désormais satisfaits par d'autres méthodes plus impersonnelles. (148) Si le capitalisme ne dépend plus de capitaines d'industrie innovants, la bourgeoisie continue néanmoins de se reproduire grâce à l'héritage.

Le capitalisme fabrique ses propres fossoyeurs. « En raison de la logique même de sa civilisation, il a pour effet inévitable d'éduquer et de subventionner les professionnels de l'agitation sociale. » (171) Car si la troupe peut tirer sur les grévistes, la police ne peut faire une rafle des intellectuels, « car les libertés que la classe bourgeoise désapprouve ne sauraient être anéanties sans que soient également anéanties les libertés qu'elle approuve. » (180)

Par ailleurs l'individualisation croissante engendrée par le capitalisme dissout les liens familiaux et se retrouve donc contre la famille bourgeoise. L'éthique capitaliste qui enjoignait de travailler pour l'avenir, que l'on fût ou non destiné à engranger la récolte, cette éthique perd de son sens. (200) Autrement dit la bourgeoisie qui travaillait primordialement aux fins d'investir, c'est-à-dire atteindre un niveau d'accumulation, vit aujourd'hui à l'échelle de sa vie.

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