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Sociologie des ouvriers russes à la fin du 20e siècle

   Karine Clément, Les ouvriers russes dans la tourmente du marché, 1989-1999. D estruction d'un groupe social et remobilisations collectives , Syllepse, 2000, 250 p.  Introduction, les ouvriers représentent 58,9 % de la population salariée à la fin du XXe siècle. Mais les classifications soviétiques sont trop lâches pour pouvoir les utiliser, car elles comprennent tous les travailleurs autres, que les techniciens, les ingénieurs, les employés, les intellectuels ou les cadres dirigeants, donc ouvrier ici : une expérience similaire de travail, c'est-à-dire un travail d'exécution largement manuel et une position de dépendance à l'égard des fournisseurs de travail. On constatera dans ce qui suit l'extrême morcellement du groupe ouvrier. 1) À la rencontre d'un monde ouvrier éclaté La reconnaissance sociale et les conditions de travail et de vie se dégradent ce qui se traduit sur le plan de la production : par exemple la production de camions e...

Historiciser la violence

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   Robert Muchembled, Une histoire de la violence. De la fin du Moyen Âge à nos jours , Seuil, 502 p.  La courbe des homicides répertoriés dans les archives judiciaires a baissé de moitié vers 1600 ,suivi d'un effondrement plus spectaculaire. Le nombre de cas est divisé par dix en trois siècles jusqu'aux années 1960, puis les décennies suivantes connaissent une relative remontée. On observe une différence entre la Russie, où le taux homicides a atteint 28,4 pour 100 000 habitants alors qu'il fluctue entre 1,9 et 0,7 dans la Communauté européenne dans les années 2000. Une constante : la faible représentation des femmes dans cette activité. Cette longue décroissance est passée par « la paix urbaine », un dispositif d'amendes et de sanctions jugulant l'agressivité des jeunes et développant le sens de l'autocontrôle. Ce processus s'inscrit aussi dans l'encodage de l'agressivité aristocratique en l'orientant vers le service armé du prince...

Historiciser l'inconscient

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   Hervé Mazurel, L’inconscient ou l'oubli de l'histoire. Profondeurs et métamorphoses de la vie affective , Paris, La Découverte, 2021 (juillet 2026) À de nombreuses reprises, les analystes avouèrent ne pas reconnaître chez leurs patients, les symptômes névrotiques décrits par Freud en son temps, et les névroses de caractère reléguant en coulisse les névroses de transfert (hystérie, phobie, obsession), identifiées par Freud. Ce qui est en question, c'est l'historicité de l'inconscient, autrement dit ouvrir la psychanalyse à l'histoire, afin de faire pièce à la neurobiologisation qui a cours aujourd'hui. L'approche freudienne est marquée par une charge ethnocentrique, puisque ses conceptions valent surtout pour le sujet de culture occidentale (20). Première partie : Histoire et psychanalyse : l'impasse ? Existe-t-il une psychanalyse ? Son noyau dur serait érigé autour de six piliers hérités de Freud : l'inconscient comme réalité ps...

Laurent Mauvignier : La Maison vide

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   Laurent Mauvignier, La Maison vide , Minuit, 2025, 743 p.  Il s'agit d'un livre que l'on peut ranger dans la catégorie des autofictions, puisque l'auteur, à partir de la recherche d'une Légion d'honneur ayant appartenu à un de ses aïeux, mène une sorte d'enquête sur la généalogie de la famille, ainsi que sur les rapports entre les générations. Cette quête commence au milieu du 19e siècle, et s'achève dans les années 1970. Au centre, des objets : la médaille mais aussi un piano et surtout la maison (re)devenue tardivement maison familiale, « cette maison qui est un monde à l'intérieur du monde » (639). Des objets pour raconter cette saga familiale que l'auteur résume lui-même avec les mots suivants : « c'est parce que je ne sais rien, ou presque, rien de mon histoire familiale, que j'ai besoin d'en écrire une sur-mesure, à partir de faits vérifiés, de gens ayant existé, mais dont les histoires sont tellement lacunaires et ...

Thomas Mann : Les Buddenbrook

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    Thomas Mann, Les Buddenbrook , Le Livre de Poche, 1993 (1901), 763 p.  C'est l'histoire sur près d’un siècle d'une grande famille de marchands prussiens dans la ville supposée de Lübeck, une saga qui montre une forme de déclin d'une bourgeoisie protestante, puisqu'on y côtoie des divorces, un enfant autiste, un emprisonnement, et bien sûr des décès. Ce qui est fascinant dans le mode d'écriture (entre autres choses), c'est qu'on glisse imperceptiblement d'un personnage à un autre d'une génération à l'autre, en s'attachant successivement aux uns et aux autres, tandis progresse ainsi le récit. Lequel tourne fondamentalement autour de la recherche du maintien des places acquises, notamment par les alliances matrimoniales. Ainsi celle d’Antonie (dite Tony laquelle représente peut-être le personnage central du livre) fille du consul Buddenbrock, à qui l’on présente Grünlich, un marchand : « un homme de taille moyenne, âgé d'environ 32 a...