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Historiciser la violence

   Robert Muchembled, Une histoire de la violence. De la fin du Moyen Âge à nos jours , Seuil, 502 p.  La courbe des homicides répertoriés dans les archives judiciaires a baissé de moitié vers 1600 ,suivi d'un effondrement plus spectaculaire. Le nombre de cas est divisé par dix en trois siècles jusqu'aux années 1960, puis les décennies suivantes connaissent une relative remontée. On observe une différence entre la Russie, où le taux homicides a atteint 28,4 pour 100 000 habitants alors qu'il fluctue entre 1,9 et 0,7 dans la Communauté européenne dans les années 2000. Une constante : la faible représentation des femmes dans cette activité. Cette longue décroissance est passée par « la paix urbaine », un dispositif d'amendes et de sanctions jugulant l'agressivité des jeunes et développant le sens de l'autocontrôle. Ce processus s'inscrit aussi dans l'encodage de l'agressivité aristocratique en l'orientant vers le service armé du prince...

Historiciser l'inconscient

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   Hervé Mazurel, L’inconscient ou l'oubli de l'histoire. Profondeurs et métamorphoses de la vie affective , Paris, La Découverte, 2021 (juillet 2026) À de nombreuses reprises, les analystes avouèrent ne pas reconnaître chez leurs patients, les symptômes névrotiques décrits par Freud en son temps, et les névroses de caractère reléguant en coulisse les névroses de transfert (hystérie, phobie, obsession), identifiées par Freud. Ce qui est en question, c'est l'historicité de l'inconscient, autrement dit ouvrir la psychanalyse à l'histoire, afin de faire pièce à la neurobiologisation qui a cours aujourd'hui. L'approche freudienne est marquée par une charge ethnocentrique, puisque ses conceptions valent surtout pour le sujet de culture occidentale (20). Première partie : Histoire et psychanalyse : l'impasse ? Existe-t-il une psychanalyse ? Son noyau dur serait érigé autour de six piliers hérités de Freud : l'inconscient comme réalité ps...

Laurent Mauvignier : La Maison vide

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   Laurent Mauvignier, La Maison vide , Minuit, 2025, 743 p.  Il s'agit d'un livre que l'on peut ranger dans la catégorie des autofictions, puisque l'auteur, à partir de la recherche d'une Légion d'honneur ayant appartenu à un de ses aïeux, mène une sorte d'enquête sur la généalogie de la famille, ainsi que sur les rapports entre les générations. Cette quête commence au milieu du 19e siècle, et s'achève dans les années 1970. Au centre, des objets : la médaille mais aussi un piano et surtout la maison (re)devenue tardivement maison familiale, « cette maison qui est un monde à l'intérieur du monde » (639). Des objets pour raconter cette saga familiale que l'auteur résume lui-même avec les mots suivants : « c'est parce que je ne sais rien, ou presque, rien de mon histoire familiale, que j'ai besoin d'en écrire une sur-mesure, à partir de faits vérifiés, de gens ayant existé, mais dont les histoires sont tellement lacunaires et ...

Thomas Mann : Les Buddenbrook

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    Thomas Mann, Les Buddenbrook , Le Livre de Poche, 1993 (1901), 763 p.  C'est l'histoire sur près d’un siècle d'une grande famille de marchands prussiens dans la ville supposée de Lübeck, une saga qui montre une forme de déclin d'une bourgeoisie protestante, puisqu'on y côtoie des divorces, un enfant autiste, un emprisonnement, et bien sûr des décès. Ce qui est fascinant dans le mode d'écriture (entre autres choses), c'est qu'on glisse imperceptiblement d'un personnage à un autre d'une génération à l'autre, en s'attachant successivement aux uns et aux autres, tandis progresse ainsi le récit. Lequel tourne fondamentalement autour de la recherche du maintien des places acquises, notamment par les alliances matrimoniales. Ainsi celle d’Antonie (dite Tony laquelle représente peut-être le personnage central du livre) fille du consul Buddenbrock, à qui l’on présente Grünlich, un marchand : « un homme de taille moyenne, âgé d'environ 32 a...

L'idéologie nazie

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    Johann Chapoutot, La loi du sang. Penser et agir en nazi , Gallimard, 2020, 564 p.  L'idée de ce livre est de « cartographier l'univers mental du nazisme » (16), un ensemble d'idées qui n'avaient rien d'exceptionnel dans l'Occident de l'époque. Les concepts clés sont la race comme base intangible qui s'oppose à l'humanité, comme la communauté s'oppose à l'individualité. La race est donc une substance biologique partagée par les membres d'une même communauté. Les discours nazis ordonnent le monde en définissant donc ce qui est normal, ce qui est souhaitable, et ce qui est impératif. Il y a trois impératifs catégoriques : la procréation ; la guerre raciale comme combat ; et la promesse eschatologique d'une fin de l'histoire. Première partie : procréer 1) Origines : nature, essence, naissances Des textes rédigés par les nazis montrent que pour eux les Juifs sont matérialistes en tant qu'ils considèrent le monde co...