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Bourdieu dans sa famille

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  Denis Podalydès, L'ami de la famille. Souvenirs de Pierre Bourdieu , Julliard, 2025, 251 p.  A travers une plongée dans la vie intime du sociologue, est-ce là un livre qui peut n’intéresser que les bourdiophiles ? Outre le fait que ce livre s’attache peut-être à redresser une image quelque peu austère du sociologue et développer avec empathie (néanmoins un peu appuyée et redondante) la sensibilité de l’homme, il donne aussi à penser les espaces de vie transitoires qui permettent aux individus en rupture de ban (les transclasses) ou en délicatesse existentielle de « tenir bon », de s’adapter, et en définitive de convertir leur « malheur » en ressources nouvelles. Car tout est là, dans l’accompagnement chaleureux de cette famille d’accueil où les enfants (en premier lieu le fils Emmanuel avec lequel l’auteur noue des liens en hypokhâgne), la mère (c’est semble t-il une des premières occurrences scripturales où on la voit à l’œuvre avec notamment la pos...

Réflexions sur les manières de parler de soi

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  Laélia Véron & Karine Abiven, Trahir et venger. Paradoxes des récits de transfuges de classe, La Découverte, 2024, 228 p.  Les récits de transfuge se caractérisent par plusieurs traits communs : narration à la première, personne, représentation d'affects (honte, peur du ridicule, colère, injustice, culpabilité), la mise en scène du clivage entre deux mondes sociaux (différences culturelles dans le rapport à l'école ou au livre), et l'ambivalence linguistique (entre le milieu d'origine et la langue de l'école). L'expression "transfuge de classe" est en forte augmentation : en 2015, elle n'apparaît que deux fois dans l'ensemble des principaux journaux francophones alors qu'en 2022 elle apparaît environ 300 fois. Les sentiments de déplacement ou d'ascension sociale sont largement diffusés au sein de la population, et concernent toutes les catégories socio-professionnelles, constate l'INSEE. Selon une enquête, 25 % des individus ...

Réflexions sur un parcours de transclasse

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  Didier Eribon, La société comme verdict , Fayard, 2013, 280 p.  Retour à Reims fonctionne comme une « introspection sociologique » (oxymore). (11) L'auteur montre une très grande différence entre ce qu'il était, et ce qu'il est devenu : « montrer ce que l'on est devenu est agréable et valorisant. Montrer ce qu'on était auparavant l’est beaucoup moins. » Tout cela à propos de son enquête basée sur des photos personnelles. Mais on ne peut se départir de ses origines : le cercle familial, nous en possédons « une carte de membre » (citation de John Edgar Wideman, 23). La famille, la force de la famille comme corps, vient toujours contrecarrer celle de la famille comme champ (Bourdieu), « c'est-à-dire que la famille comme fusion, continue toujours, ou en tout cas souvent, de s'insinuer dans les processus de la famille comme fission. » (24) C'est pourquoi les affects ont une longue portée. « On peut avoir écrit un livre sur la honte et n'avoir pas réuss...

Enquête auprès de familles en ascension sociale

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  Adrien Naselli, Et tes parents, ils font quoi ? Enquête sur les transfuges de classe et leurs parents , JC Lattès, 2021, 284 p. Même si l'auteur utilise des références en sociologie, il s'agit d'une enquête au sens journalistique du terme, sans la rigueur et le protocole scientifiques d'une enquête sociologique. L'intérêt réside dans les interviews croisées des enfants et des parents à propos la trajectoire scolaire et professionnelle des premiers Les transfuges servent le plus souvent de caution à un système fonctionnant majoritairement à la reproduction sociale. À travers certains noms médiatiquement les plus connus, l'idéologie du mérite individuel ou de la méritocratie est ainsi diffusée. D'abord une définition : transfuge, c'est une personne qui en temps de guerre, d'hostilité, abandonne son armée, son pays pour passer à l'ennemi. Synonyme : déserteur, traître. Par extension : personne qui fuit quelque chose. Par analogie : personne...

Sociologie du mérite

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  Annabelle Allouch, Mérite , Anamosa, 2021, 109 p. La sociologie a étudié cette croyance dans le mérite : 95 %, des enquêtés résidant aux États-Unis, indiquent croire dans le fait que la réussite est issue de l'effort au travail. Proportion qui concerne les deux tiers des enquêtés pour les pays comme l'Autriche, la Pologne ou la France. Dans ces représentations, la réussite repose sur la motivation, l'effort scolaire ou le goût de la compétition. « Être désigné comme méritant à l'école incite à croire au mérite. » (27) Une idéologie qui discipline ainsi les esprits et les corps : elle pousse en effet les individus à « s'auto-contraindre en adoptant de nouvelles normes sociales et à se montrer loyaux envers le pouvoir, sans que celui-ci ait besoin de mobiliser les formes de contrainte physiques. » (Ihl, cité) Entre autres exemples : les récompenses données sous Napoléon, l'accès à la nationalité, ou à un logement social sont présentés comme des...

Sociologiser la honte

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  Vincent de Gaulejac, Les Sources de la honte , Paris, Points, 2008 (Desclée de Brouwer, 1996) 310 p. L'auteur a nourri une image de supériorité grâce à sa particule qui le plaçait du bon côté dans le jeu social (sentiment de supériorité) même si du point de vue des conditions matérielles ce n'était pas le cas. Ainsi il pouvait nourrir un certain fantasme sur lui-même. Et échapper à la honte d'être mal né, ou mal élevé. Voir à ce propos le fantasme décrit par Freud (cf le roman familial) d'être un enfant adopté, ce qui permet d'échapper au conflit œdipien. Il dit aussi la honte de ne pas répondre à la demande de sa mère (une petite crotte sur le pot), et sa quête de reconnaissance et d'estime (et donc de la satisfaire ) en produisant maints ouvrages. « Lorsqu'on est habité par la honte on se sent inutile, incompris, dévalorisé et seul. » (19) La honte est ce non-dit. La réparation de la chute originelle (35 sq). La réussite peut être vu...

Analyse sociologique d'une ascension sociale

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  Yann Le Bihan, Confessions impersonnelles. Un transfuge en socioanalyse , Presse Universitaire Paris Nanterre, 2022, 204 p. Dans sa préface, Rose-Marie Lagrave, met en évidence les biais que l'auteur a voulu montrer : le biais de lissage, qui consiste à oublier les moments où « l'incertitude, les vents mauvais et les contextes, se liguent pour courber, infléchir, voire tordre dans l'autre sens, une pente sociale prometteuse ». Le point d'arrivée fait donc silence sur « les aléas et le coût des transitions ». Le biais académique consistant à donner le beau rôle à l'école, qui fondamentalement est une erreur intellectualiste  par laquelle les transfuges universitaires consacrent l'école qui les a consacrés. (16) Les transfuges sont des sujets « en constante métamorphose ». (18) Ils témoignent de capacités d'adaptation de manière à rendre invisibles leurs origines. (Mais on pourrait très bien dire l'inverse). Rendre compte de ce déplacement induit souvent...

Histoire de Deep Purple

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  Martin Popoff, Deep Purple, la bataille fait rage, 1983-2009 , Camion Blanc, 2019, 470 p. Gillan  : «  Nous ne nous fréquentions pas. Nous vivons des existences différentes, nous sommes à une troupe de personnages très hétérogènes. Si vous décidez de réunir cinq types dans un groupe, c'est pas nous que vous choisiriez ! Mais il y a toujours eu une étrange chimie à l'œuvre quand nous prenons la route ou quand nous entrons en studio. » (11) Lord : « il y a cette énergie en chacun de nous, quand nous nous retrouvons. Quand je me mets à faire la course avec Ritchie, nous nous exhortons à l'excellence. Chacun de nous en ressent le besoin, et se voit entouré dans Purple par des musiciens qui vont nourrir ses aspirations personnelles. » Perfect Strangers est le premier album, enregistré aux USA Glover : « on conserve des riffs en stock. Un de ceux utilisés dans l'album Perfect Strangers datait de Rainbow. Quand on n’arrive plus à écrire quelque...