Charles Duchaussois : Flash ou le grand voyage
Charles Duchaussois, Flash ou le grand voyage, Poche, 1974 (1971), (epub) 428 p.
D'où vient ce plaisir à chaque fois retrouvé de s'emparer de ce livre d'aventures, alors que l'on connaît l'histoire et ses péripéties ? Sans doute précisément parce que celles-ci sont nombreuses et improbables et qu'elles sont narrées dans un style simple, mais néanmoins enlevé. Les « coups » sont nombreux puisqu'il s'agit pour l'auteur d'engranger de l'argent par tous les moyens possibles afin de se payer sa drogue : trafics et arnaques en tous genres émaillent le récit. Ce sont aussi les nombreuses histoires d'amitié et d'amour, ainsi que des fêtes improbables comme à l'ambassade de Katmandou qui fascinent le lecteur. Bien que le fond du récit soit documentaire et exprime ce qu'une partie de la jeunesse européenne est partie chercher à la fin des années 60 dans ces contrées exotiques, nul doute qu'il est aussi romancé (au sens noble de la mise en récit) et permet aux lecteurs de voyager avec le narrateur. C'est à une lente descente aux enfers à laquelle on assiste, et on ne comprend cet engrenage que si on a bien entendu le propos liminaire du pourquoi la drogue :
« je répondrai sans y aller par quatre chemins.
Parce que c’est bon.
Parce que ça vous rend heureux, ça vous permet de mieux supporter la fatigue, ça vous aide à vivre, à supporter vos ennuis, à mieux voir la vérité des choses, ça vous fait deviner des rapports et des associations entre les choses que vous auriez mis des années à trouver tout seul ou que vous ne découvririez peut-être jamais. Parce que, pour être simple, net et précis, ça vous rend plus intelligent. » (198)
Comme les autres drogués, l'auteur distingue deux sortes de drogues. Celles qui font planer.
Et celles qui font voyager. Et ce sont bien celles-là les plus dangereuses, mais elles produisent le « flash ».
Mais ces plaisirs de l'entame du voyage se trouvent anéantis par la toxico-dépendance qui peut conduire jusqu'à la mort : « Il n’a plus que l’affreux côté de la drogue : la misère physiologique, la déchéance moche, le manque et la souffrance.
Je vois, pour la première fois, que l’accoutumance de la drogue dans le corps, c’est ce qu’il y a de plus horrible. » (296)
A l'instar du narrateur, le lecteur, ressort épuisé de long voyage au bout duquel il y a néanmoins une forme de rédemption.

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