L'épistémologie
Dominique Lecourt, L'épistémologie historique de G. Bachelard, Ed. Vrin, Paris, 1969
Introduction
L'Apport de Gaston Bachelard : l'épistémologie historique. Cette discipline qui prend pour objet la connaissance scientifique doit tenir compte de l'historicité de cet objet.
Si l'épistémologie est historique alors l'histoire des sciences est nécessairement épistémologique.
L'objet de l'épistémologie a un statut particulier puisqu'il renvoie en permanence à un autre objet, un discours sur un discours.
Or la science n'a pas d'objet hors de sa propre activité : elle produit ses propres normes.
L'épistémologie de Bachelard intrique différents niveaux :
Connaissances scientifiques à l'état pratique (épistémologie qui fonctionne).
Réflexion polémique sur la philosophie.
Doctrine avec un corps de concepts (rupture, obstacle…).
Chapitre 1 : Reconnaissances
Bachelard intervient au moment d'une accélération de la science (mutation = rupture). Notamment la relativité remet en cause les concepts d'espace, de temps, de localisation. Ce qui ne peut pas ne pas avoir de conséquences sur les concepts philosophiques.
Les concepts sont l'objet de déterminations précises, de rectifications, de variations… alors que la philosophie a sa science à elle, idéale, sans rapport avec la pratique réelle.
= se mettre à l'école de la science afin de rectifier par exemple des notions principales comme la réalité ou la vérité.
Donc la science nouvelle implique de par sa nouveauté même, une réflexion, un effort de pensée. (= progrès = que le nouveau enveloppe l'ancien).
Le nouveau ne peut s'expliquer par l'ancien mais doit construire un nouveau langage conceptuel.
Dans l'essai sur la connaissance approchée, Bachelard définit la conceptualisation comme une conquête, un travail d'assimilation face auquel la philosophie reste pétrifiée dans une conception essentielle, immobile des choses.
Le savant voit dans le concept le système de relations dans lequel il s'inscrit et non pas un singleton.
= L'extension d'un concept prime sa compréhension.
= « Au commencement était la relation » (Bachelard) i.e le complexe.
Donc un mot n'est pas un concept. Un concept requiert son positionnement et sa fonction dans un système de relations interconceptuelles.
Épistémologie : à quelles conditions ma connaissance est scientifique ? Quels sont les fondements de la connaissance scientifique ?
= Comment le savoir est-il constitué ? Quelle est son organisation ? Quels sont ses principes ?
= il n'y a pas de fondements absolus : parler ou diviser en réel et pensée alors qu'il y a un trait d'union = information réciproque (différent de la dispute du rationaliste et du réaliste).
La philosophie pose le réel / la pensée, l’être / la connaissance, expérience / raison, cherchant le fondement de l'un dans l'autre = ou réalisme, ou idéalisme. Autres couples philosophiques : abstrait / concret, sujet / objet, donné / construit, naturel / artificiel, induction / déduction, que Bachelard rejette.
Ces divisions sont stériles, elles visent à consacrer la philosophie comme un surmoi avec une culture scientifique, à poser les bonnes questions, à imposer leur pérennité.
= contre l'idée que la science devrait s'en remettre à un discours extérieur philosophique qui viendrait la coiffer (= théorie de Meyerson), que le relatif serait dépassé par un absolu. Pour Bachelard il n'y a pas d'absolu : « l'esprit a une variable dès l'instant où la connaissance a une histoire. » (Le nouvel esprit scientifique)

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