Philippe Grimbert : Un secret

 


Philippe Grimbert, Un secret, Grasset (J’ai Lu), 2004, 182 p. 

Le titre comme mise en énigme trouve rapidement son plan d’exposition comme d’emblée une quête d’élucidation avec le nom de l’auteur « francisé. » Il n’y a alors pas besoin d’âtre grand clerc pour deviner que ce secret a à voir avec l’histoire juive et même peut-on se douter avec la Shoah, car les réminiscences de juifs cachés pendant la deuxième guerre mondiale innervent nos représentations. Mais, premier point : il s’agit donc d’une auto-fiction, l’auteur parle de lui. Deuxième point, de quelle nature est le secret ?

L’auteur est né fragile avec l'inquiétude qui sied aux parents devant un nouveau-né de cette qualité. Inquiétude mais aussi déception pour le père dont le premier regard laisse sur l'enfant « sa trace, et régulièrement j'en ai retrouvé l'éclair d'amertume. » (55) L’inquiétude vient de loin, elle s’enracine dans le passé tragique de ce couple recomposé à partir de la tragédie de deux couples initiaux autant brisés par la fulgurance du coup de foudre illégitime que par la barbarie nazie. Ce nouveau couple a recréé une famille sur les débris de celle morte en déportation, le nouvel enfant venant remplacer l’ancien, ce frère absent, ce frère fantasmé, ce secret.

Que la consistance de cette histoire soit vraie en fabrique le ressort le plus fort et le plus émouvant. Son déroulé interne sur le mode de la confidence faite par l’infirmière Louise laquelle s’est occupée du jeune enfant, prend la forme d’un dévoilement progressif qui enchâsse l’histoire personnelle dans l’histoire familiale, et celle-ci dans la Grande histoire. De ce point de vue c’est une réussite qu’un livre relativement court parvienne à restituer cette trajectoire torturée et qu’elle y fasse plonger son lecteur.

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