Ce que la cure analytique peut révèler du fonctionnement humain
Jacques Lacan, Le Séminaire. 1, Les Écrits techniques de Freud, Seuil, 1975, 320 p.
Le moment de la résistance
1) Introduction au commentaire sur les écrits techniques de Freud
« Le fait que le sujet revive, se remémore, au sens, intuitif du mot, les évènements, formateurs de son existence, n'est pas en soi-même tellement important. Ce qui compte, c'est ce qu'il en reconstruit. » (20) « Ce dont il s'agit, c'est moins de se souvenir que de réécrire l'histoire. » (20)
2) Premières interventions sur la question de la résistance
Le domaine de Freud est celui de la vérité du sujet, qui n'est pas entièrement réductible à la recherche objective de type scientifique.
3) La résistance et les défenses
Pour Freud, le sens porté par le sujet ne doit pas lui être révélé, « il doit être assumé par lui. » (39)
4) Le moi et l'autre
D'après les indications de Freud, « quand le patient se tait, il y a toutes les chances que ce tarissement de son discours soit dû à quelques pensées qui se rapporte à l'analyste. » (51)
Dans l'analyse, le monde se présente sous diverses formes, et Freud, dit que « la bonne méthode analytique, consiste à retrouver toujours un même rapport, une même relation, un même schème, qui se présente à la fois dans des formes, vécues, des comportements, et, aussi bien, à l'intérieur de la relation analytique. » (53) Il s'agit donc de dégager une stabilité structurelle du sujet dans son rapport à lui-même, au monde, et aux autres.
Le sujet affronte ainsi le refoulement dont les formes sont attirées par un premier noyau, celui de l'expérience originelle du trauma. « Le noyau primitif est d'un autre niveau que les avatars du refoulement. Il en est le fond et le support. » (55) C'est notamment à travers le rêve que l'on a accès à cela, le rêve infantile que l'on retrouve par bribes (car le rêve le plus significatif serait le rêve complètement oublié dont le sujet ne pourrait rien dire) lesquelles doivent permettre de remonter aux pensées initiales.
Dans l'expérience analytique, on recherche à travers la parole, une révélation. A travers la parole, on recherche la relation à l'autre car la parole est médiation entre le sujet et l'autre. « Un élément essentiel de la réalisation de l'autre est que la parole puisse nous unir à lui. » (59)
5) Introduction et réponse à un exposé de Jean Hippolyte sur le Verneinung de Freud
« Le moment où le sujet s'interrompt, c'est ordinairement le moment le plus significatif de son approche vers la vérité. Nous saisissons ici la résistance à l'état pur, qui culmine dans le sentiment, fréquemment teintée d'angoisse, de la présence de l'analyste. » (63) Comme c'est par le langage qu'on accède à cette construction, il importe de regarder comment celui-ci s'est construit et de voir « l'autonomie de la fonction symbolique dans la réalisation humaine. » (65) « La possibilité du symbole ouvre le sujet à un certain rapport au monde, (…) , ce qui n'est pas reconnu fait irruption dans la conscience sous la forme du vu. » (70) Ce balancement entre reconnu et vu permet d'appréhender le déjà-vu, où « quelque chose dans le monde extérieur se trouve porté à la limite, et surgit avec une pré-signification spéciale. L'illusion rétrospective reporte ce perçu doté d'une qualité originale dans le domaine du déjà-vu. Freud ne nous parle de rien d'autre quand il nous dit que toute épreuve du monde extérieur se réfère implicitement à quelque chose qui a déjà été perçu dans le passé. Cela s'applique à l'infini – d’une certaine façon, tout espèce de perçu comporte nécessairement une référence à un perçu antérieur. » (71) Aussi convient-il de faire la différence entre « le symbolique comme tel, la possibilité symbolique, l'ouverture de l'homme au symbole, et, d'autre part, sa cristallisation dans le discours organisé, en tant qu'il contient, fondamentalement, la contradiction. » (72)
6) Analyse du discours et analyse du moi (Anna Freud ou Mélanie Klein)
Le monde humain est un monde symbolisé et chaque objet est perçu comme distinct. Pour les névrosés le monde peut être indifférencié. Cette démultiplications des objets est lié un processus d'expulsion lui-même lié à l'instinct de destruction primitif. À chaque stade de construction, surgit un nouveau type d'identification et produit du coup de l'anxiété : « à chacun des rapports objectaux correspond un mode d'identification dont l'anxiété est le signal » (82) avant même la constitution du moi. « Mais même quand celle-ci sera faite, toute nouvelle identification du sujet fera surgir l'anxiété – l'anxiété au sens où elle est tentation, vertige, perte du sujet qui se retrouve à des niveaux extrêmement primitif. » (82) Le névrosé qui vit dans la réalité ne possède pas cette espèce d'anxiété. Normalement le sujet procède par identifications successives et « chaque fois l'anxiété arrête l'identification définitive, la fixation de la réalité. Ces allers et retours donneront son cadre à ce réel infiniment plus complexe que le réel humain. Après cette phase au cours de laquelle les fantasmes sont symbolisés, vient le stade dit génital, où la réalité est alors fixée. » (83)
La topique de l'imaginaire
7) La topique de l'imaginaire
La théorie du stade du miroir permet d’envisager la vue de la forme totale du corps humain comme « donnant au sujet une maîtrise imaginaire de son corps, prématurée par rapport à la maîtrise réelle. » (93) C'est l'aventure originelle par où l'homme fait pour la première fois l'expérience qu'il se voit, se réfléchit, et se conçoit autre qu'il n'est - dimension essentielle de l'humain, qui structure toute sa vie fantasmatique. » (94) Cette origine qui contient toute la réalité, « mais ne peut faire encore l'objet d'aucune définition, n’est ni bonne ni mauvaise, mais à la fois chaotique et absolue. » Le sujet peut alors « situer ce qui est du moi et ce qui ne l'est pas. » Il est comme un vase imaginaire qui contient le bouquet de fleurs réelles, « voilà comment nous représenter le sujet d'avant la naissance du moi. » Pour que cette illusion fonctionne (« un monde où l'imaginaire peut inclure le réel, et du même coup, le former, où le réel peut aussi inclure et, du même coup, situer l'imaginaire », (94) il faut que l'œil qui regarde soit soit compris à l'intérieur du schéma. Les objets au sens larges sont soumis à un mécanisme d'expulsion et d'introjection, de projection et d'adsorption, c'est-à-dire un jeu imaginaire qui se confronte au réel. La parole est cet outil qui permet de se distancier, de se représenter le monde et de soi dans le monde.
8) Le loup ! Le loup
Pourquoi le loup est-il adopté ? Il produit des effets car il est lié à une fonction plus large sur le plan, mythique et primitif, comportant une initiation par l'adoption d'un totem ou l'identification à un personnage. En cela, il est lié au surmoi. « Le surmoi est à la fois la loi et sa destruction. En cela, il est la parole même, le commandement de la loi, pour autant qu'il n'en reste plus que la racine. La loi se réduit tout entière à quelque chose qu'on ne peut même pas exprimer, comme comme le tu dois, qui est une parole privée de tous ses sens. C'est dans ce sens que le surmoi finit par s'identifier à ce qu'il y a vraiment de plus ravageant, de plus fascinant, dans les expériences primitives du sujet. Il finit par s'identifier à ce que j'appelle la figure féroce, aux figures que nous pouvons lier aux traumatismes primitif, quels qu'ils soient, que l'enfant a subis. » (119) À travers ce mot et donc à travers le langage, l'enfant est relié à la communauté humaine, « ce n'est pas un enfant–loup qui aurait vécu dans la simple sauvagerie, c'est un enfant parlant », et c'est par le loup ! qu'un dialogue devient possible.
9) Sur le narcissisme
« La parole peut exprimer l'être du sujet, mais, jusqu'à un certain point, elle n'y parvient jamais. » (125) Comment dès lors se situent les affects et toutes les références imaginaires quand on veut définir l'action du transfert dans l'expérience analytique ? C'est ce qu'on peut appeler la parole pleine, une « parole qui fait acte. » Paradoxalement, on a atteint cette parole, alors que le sujet délivre « une parole aussi dénouée que possible de toute supposition de responsabilité, et qu'elle le libère même de toute exigence d'authenticité. » (126) Il dit tout ce qui lui passe par la tête.
10) Les deux narcissismes
« La pulsion libidinale est centrée sur la fonction de l'imaginaire. » (141) Un narcissisme est celui qui procède d'une représentation du sujet comme appartenant à une espèce, un monde ; l'autre est celui qui rattache le sujet à l'Autre comme modèle. Dans le cas du rapport amoureux, l'autre est équivalent à l'idéal du moi. Mais de même qu'il y a deux narcissismes, il doit y avoir deux amours, l’Eros et l’Agapè.
11) Idéal du moi et moi-idéal
Dans la fixation amoureuse, on aime soi-même, ce qu'on a été, ce qu'on voudrait être, et la personne qui a été une partie de son propre moi. C'est cela le type narcissique. Dans ce processus, le moi idéal est une forme de sublimation. Car le sentiment de soi à trois origines : la satisfaction narcissique primaire, le critère de réussite, c'est-à-dire la satisfaction du désir de toute-puissance, et la gratification reçue des objets d'amour. Aussi, « le développement du moi consiste en un éloignement du narcissisme primaire et engendre un vigoureux effort pour le regagner. Cet éloignement se fait par le moyen d'un déplacement de la libido sur un idéal du moi imposé par l'extérieur, et la satisfaction résulte de l'accomplissement de cet idéal. Le moi passe donc par une espèce d'éloignement, un moyen terme, qui est l'idéal, et revient ensuite dans sa position primitive. » (156) Ainsi se structure l'individu, au croisement de l'imaginaire et du symbolique. De ce point de vue, le comportement sexuel se caractérise par un désordre. Qu'il s'agisse des névroses ou des perversions, on observe une espèce de fragmentation, d'éclatement, de morcellement, d'inadaptation, d'inadéquation. « Il y a là comme un jeu de cache-cache, entre l'image et son objet normal – si tant est que nous adoptions l'idéal d'une norme dans le fonctionnement de la sexualité. Comment pouvons-nous dès lors nous représenter le mécanisme par où cette imagination en désordre arrive finalement, quand même, à remplir sa fonction ? » (159) Par une schématisation utilisant le miroir. L'être humain voit dans le miroir comme un mirage de lui-même, une forme indistincte (qui est fondamentalement liée à son impuissance primitive), une image nette ou bien fragmentée (alors que lui-même existe) en fonction de sa position par rapport à l'image réelle. Ce dispositif représente la difficile accommodation de l'imaginaire chez l'homme. Au bout du compte, « c'est la relation symbolique qui définit la position du sujet, comme voyant. C'est la parole, la fonction symbolique qui définit le plus ou moins grand degré de perfection, de complétude, d'approximation, de l'imaginaire. (…) L'idéal du moi commande le jeu de relations d'où dépend toute relation à autrui. Et de cette relation à autrui dépend le caractère plus ou moins satisfaisant de la structuration imaginaire. (…) [Ici], l'imaginaire et le réel jouent au même niveau. » (161)
12) Zeitlich (Temporellement) - Entwickelungsgeschichte (histoire du développement)
Le stade du miroir, quand l'individu fait sa propre image de lui-même, est une saisie anticipée de la maîtrise. Mais son désir propre s'inscrit d'abord par rapport au désir de l'autre. « le sujet repère et reconnaît originellement le désir par l'intermédiaire, non seulement de sa propre image, mais du corps de son semblable. » C'est là qu’émerge la conscience de soi : « c'est pour autant que c'est dans le corps de l'autre qu'il reconnait son désir que l'échange se fait. C'est pour autant que son désir est passé de l'autre côté qu'il s'assimile le corps de l'autre et qu'il se reconnaît comme corps. » (169)
Au-delà de la psychologie
13) La bascule du désir
Il existe un rapport étroit entre la formation de l'objet et celle du moi. Et c'est parce que leur formation contemporains que naît le problème du narcissisme. Et c'est à ce stade aussi qu'apparaît la notion de vérité. « Si le sujet ne commence pas à se poser la question de savoir ce qu'il est et ce qu'il n'est pas, il n'y a pas de raison qu'il y ait un vrai et faux, ni même, au-delà, la réalité et l'apparence » (189) Au moment du déclin du complexe d’Œdipe, se produit un phénomène d'introjection : un processus d'introduction, d'incorporation de la figure du père comme surmoi. C'est aussi dans le mouvement d'échange avec l'autre que « l'homme s’apprend comme corps, comme forme vide du corps. » (193) Et c'est dans sa relation à l'autre, que le désir se constitue comme symbole. Avant le langage, le désir n'existe que sur le plan imaginaire, aliéné dans l'autre. Cette tension n'a d'autre issue que la destruction de l'autre. « Le moi, c'est un objet fait comme un oignon, on pourrait le peler, et on trouverait les identifications successives qui l'ont constitué. » (194) L'individu se constitue donc par le non, et donc par le langage. Dans le travail analytique, par son discours comme association libre, « le sujet se trouve dans une certaine mobilité par rapport à cet univers du langage où nous l'engageons. Pendant qu'il accommode son désir en présence de l'autre, il se produit sur le plan imaginaire cette oscillation du miroir qui permet à des choses imaginaires et réelles qui n'ont pas l'habitude de coexister pour le sujet, de se rencontrer dans une certaine simultanéité, ou en un certains contrastes. » (197) C'est ce processus de discours désamarré qui permet de remonter aux origines.
14) Les fluctuations de la libido
C'est par l'autre que le désir est nommé.
15) Le noyau du refoulement
Un traumatisme initial est refoulé et ainsi n'est plus quelque chose appartenant au sujet. Il n'en parle plus. Mais il reste là à traverser symptômes.
Les impasses de Michaël Balint
16) Premières interventions sur Balint
17) Relation d'objet et relation intersubjective
« Pour l'enfant, tout ce qui lui est bon venant de la mère, va de soi. Rien n'implique l'autonomie de ce partenaire, rien n'implique que ce soit un autre sujet. Le besoin exige. Et tout dans la relation d'objet s'oriente de soi vers la satisfaction du besoin. S’il y a ainsi harmonie préétablie, fermeture de la première relation d'objet de l’être humain, tendance à une satisfaction parfaite, en toute rigueur, il doit en être strictement de même de l'autre côté, du côté de la mère. Son amour pour son rejeton a exactement le même caractère d'harmonie préétablie sur le plan primitif du besoin. Chez elle aussi, les soins, le contact, l'allaitement, tout ce qui la lie animalement à son rejeton satisfait un besoin, complémentaire du premier. » (235)
Aussi, « le tu es ma femme ou tu es mon époux » est « une sorte d'angluement corporel de la liberté que s'exprime la nature du désir. Nous voulons devenir pour l'autre un objet qui est pour lui la même valeur de limite qu’a, par rapport à sa liberté, son propre corps. Nous voulons devenir pour l'autre non seulement, ce en quoi sa liberté s’aliène – sans nul doute, il faut que la liberté intervienne, puisque l'engagement est un élément essentiel de notre exigence d'être aimé – mais il faut aussi que ce soit beaucoup plus qu'un engagement libre. Il faut qu'une liberté accepte de se renoncer elle-même pour être désormais limitée à tout ce que peuvent avoir de capricieux, d'imparfait, voire d'inférieur, les chemins dans lesquels l'entraîne la captivation par cet objet que nous sommes nous-mêmes » (242)
18) L'ordre symbolique
Quand le désir pervers est réalisé, il perd son objet. « Son assouvissement est ainsi par sa structure même condamné à se réaliser avant l'étreinte par l'extinction du désir ou bien la disparition de l'objet. » (247) Il y a donc une relation réciproque d'anéantissement : soit le désir s'éteint, soit l'objet disparaît.
Balint rappelle ce qu'est la métaphore, le front d'une montagne, le pied d'une table, etc. « Va-t-on étudier enfin la nature du langage ? Non. On va dire que l'opération de transfert est ceci : vous êtes en colère, c'est à la table que vous donnez un coup de poing. Comme si effectivement je donnais un coup de poing à la table ! Il y a une erreur fondamentale. Néanmoins, c'est bien de cela qu'il s'agit –comment l'acte se déplace-t-il dans son but ? Comment l'émotion se déplace-t-elle dans son objet ? La structure réelle et la structure symbolique entrent dans une relation ambiguë qui se fait dans le sens vertical, chacun de ces deux univers correspond à l'autre, à ceci peès que la notion d'univers n'y étant pas, il n'y a aucun moyen d'introduire celle de correspondance. » (252) Donc le transfert est transfert d'émotions. Et, au terme de l'analyse, « le contingent tombe, l'accidentel, le traumatisme, les accros de l'histoire. Et c’est l’être qui vient alors à se constituer. » (258)
La parole dans le transfert
19) La fonction créatrice de la parole
Le transfert, tel que le conçoit Freud, permet aux désirs inconscients, impossibles à exprimer, a pourtant « s'exprimer par l'alphabet, la phonématique des restes du jour, eux-mêmes désinvestis du désir. C'est donc un phénomène de langage comme tel. » (270)
20) De locutionis significatione
21) La vérité surgit de la méprise
Se pose la question « de savoir de quelle façon la parole a rapport à la signification, comment le signe se rapporte ce qu'il signifie. Et à saisir la fonction du signe on est toujours renvoyé du signe au signe. » (288) Car le système des signes forment par lui-même un tout. Il institue un ordre qui est sans issue. Et pourtant il faut qu'il y en ait une sinon ce serait un ordre insensé. Au cours de la cure, le refoulement s'exprime par l'interruption, le sujet disant alors que le mot lui manque.
Trois passions humaines fondamentales – l'amour, la haine, l'ignorance – se retrouvent dans le schéma imaginaire–symbolique–réel : à la jonction du symbolique et de l'imaginaire, la première ; à la jonction de l'imaginaire et du réel, la seconde ; à la jonction du réel et du symbolique, la troisième.
22) Le concept de l'analyse
« L'amour se distingue du désir, considéré comme la relation–limite qui s'établit de tout organisme à l'objet qui le satisfait. Car la visée n'est pas de satisfaction, mais d'être. C'est pourquoi on ne peut parler d'amour que là où la relation symbolique existe comme telle. » (304) Il faut distinguer l'amour comme passion imaginaire de l'amour don actif. L'amour est « cette tentative de capturer l'autre dans soi-même, dans soi-même, comme objet. Le désir d'être aimé, c'est le désir que l'objet aimant soit pris comme tel, englué, asservi dans la particularité absolue de soi-même comme objet. Celui qui aspire à être aimé, se satisfait fort peu, c'est bien connu, d'être aimé pour son bien. Son exigence est d'être aimé aussi loin que peut aller la complète subversion du sujet dans une particularité, et dans ce que cette particularité peut avoir de plus opaque, de plus impensable. On veut être aimé pour tout (…), mais inversement, et je dirais corrélativement, à cause de cela même, aimer c'est aimer un être ou au-delà de ce qu'il apparaît être. Le don actif de l'amour vise l'autre, non pas dans sa spécificité, mais dans son être. » (305) Il faut donc que l'autre sature l'image que le sujet a de soi, c'est-à-dire qu'il remplisse son investissement narcissique, car si l'autre « apparaît comme frustrant le sujet de son idéal et de sa propre image, il engendre la tension destructrice maxima. À un rien près, le rapport imaginaire à l'autre, tourne dans un sens ou dans l'autre, (...) ce qui explique la transformation subite entre l'amour et la haine. » (311)

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