L'idéologie nazie
Johann Chapoutot, La loi du
sang. Penser et agir en nazi, Gallimard, 2020, 564 p.
L'idée de ce livre est de « cartographier l'univers mental du nazisme » (16), des idées qui n'avaient rien d'exceptionnel dans l'Occident de l'époque. Les concepts clés sont la race comme base intangible qui s'oppose à l'humanité, comme la communauté s'oppose à l'individualité. La race est donc une substance biologique partagée par les membres d'une même communauté. Les discours nazis ordonnent donc le monde en disant donc ce qui est normal, ce qui est souhaitable, et ce qui est impératif. Il y a trois impératifs catégoriques : la procréation ; la guerre raciale comme combat ; la promesse eschatologique d'une fin de l'histoire.
Première partie : procréer
1) Origines : nature, essence, naissances
Des textes rédigés par les nazis montrent que pour eux les juifs sont matérialistes en tant qu'ils considèrent le monde comme pure matière alors que eux-mêmes sont animistes, c'est-à-dire qu'ils voient le divin partout, y compris dans les animaux. Ils fustigent donc la maltraitance animale. « Contre l'individualisme artificiel et insensé, des -ismes du passé (christianisme, humanisme, libéralisme), c'est une vision strictement holistique qui est défendue ». (38) Et de ce point de vue, « l'individu n'est rien. » Si on sait que Hitler et Himmler étaient végétariens, et que la législation des protections des animaux reste en vigueur jusqu'en 1972, pour autant, les textes ont rarement été appliqués, le sort des bêtes n'étant pas plus en viable en Allemagne après 1933 qu'auparavant.
De même la mortification de la chair dans la culture judéo-chrétienne est vilipendée au nom de la liberté et de la santé, et trouve une expression dans le naturisme, une ascèse permettant « le retour à l'essence de la race et à son authenticité. » (47) Chemin faisant, il s'agit de déblayer les traces du passé (le registre métaphorique de l'ensevelissement est partout présent) et de revenir aux origines grâce à la Science et au Droit conçus comme des armatures rationnelles pour justifier le racisme et les cycles cosmogoniques. Mais l'éthique nationale–socialiste est aussi arrimée à des valeurs comme la fierté, l'honneur et l'héroïsme contre l'éthique chrétienne de l'amour, l'humilité et la pitié. A travers la critique du monothéisme judéo-chrétien, c'est la naissance du clergé catholique instituant une médiation entre l'homme et Dieu qui est visé. Car pour les nazis, à l'origine le droit n'est pas distinct de la morale. « C'est l'inspiration, l'intuition et l'instinct du peuple qui disent ce qui est bon, beau, bien et juste. » (60) Pour eux, à l'origine (et au Moyen Âge) tout est fusion et confusion, le profane et le sacré ne sont pas distincts. Le Germain n'a pas à être « délivré du mal », car ils est « sain, harmonieux, aime et s’aiment. Il n'éprouve pas la souffrance de l'être troublé et partagé, il ne souffre pas d'un déséquilibre interne à ce point supportable qui lui faudrait en finir. » (68)
La race nordique est pure et naturelle par essence. L'environnement hostile a développé chez eux, via la sélection naturelle, des vertus physiques et éthique spécifiques. La raison ayant engendré des mélanges et transgressé les frontières naturelles, il est bon de revenir à l'instinct animal, car les animaux ne se mélangent pas. Et de ce point de vue pour les nazis, la science rejoint la préhistoire de la race puisqu'elle confirme son originalité. Aussi, « la rénovation du droit est[-elle] une révolution au sens de retour à l'origine. » (83) « Voici la tâche des juristes allemands. Un combat contre l'artefact, l'anti nature, l'aliénation. » (84)
2) Aliénation : acculturation et dénaturation
Le judo christianisme, méprisant, la nature et le corps fait du monde « un univers de désespérance désenchantée » (85) suscitant l'appel à un sauveur. Cette éthique chrétienne surévalue l'amour du prochain au détriment du respect de soi. Et cette éducation chrétienne a contaminé culturellement la puissance germanique originelle. (cf Tableau synoptique de l'opposition nazie entre les fausses valeurs chrétiennes et les valeurs national-socialistes page 94) Plus encore, les juifs se réfugie dans les l'artifice des lois et des lettres car ils sont incapables de stabilité. C'est leur errance géographique liée à l'instabilité psychique qui font d’eux des peuples sans repères. « Les peuples dépourvus de sol, d’État, d’Église n'existent que dans la loi. La pensée normative leur apparaît comme la seule pensée juridique raisonnable. (Carl Schmitt). Le juif est ainsi dépeint comme anarchiste et hypernormativiste, libéral–marxiste, c'est un être dépourvu de forme à cause du mélange de sa substance. « Informe, il se réfugie dans le formalisme. (...) Les juifs sont le peuple de la Loi, car ils ont besoin de cette colonne vertébrale normative pour être. » (98)
Cet affrontement qui suppose masse et puissance, race et volonté, doit s'achever par la victoire du sang sur l'or, une victoire définitive sur la révolution française et ses suites, avec cette liberté de conscience issue de la Réforme et léguée par les Lumières, et qui est devenue selon les nazis, une fin en soi, surestimant les droits et sous-estimant les devoirs, déclenchant l'individualisme et le matérialisme ainsi que la désolidarisation apatride. Sont aussi critiqués, l'universalisme, l'égalitarisme et le communisme contre lesquels la hiérarchie naturelle raciale est réaffirmée. Le droit est vu comme formel, artificiel et complexe, exerçant une tyrannie sur le peuple qui, quant à lui est armé de bon, sens et ne comprend rien à cette langue. « Plus profondément, et plus grave encore, c'est la vie elle-même dans sa liberté, sa plasticité, dans son indétermination, labile et mouvante, qui fut enfermé dans le carcan mortifère des paragraphes de l'écrit, du figé et du mort. » (126) Les nazis prônent donc le passage du droit romain au droit communautaire des Allemands contre une caste d'experts.
L'invocation de la nature, passe encore par la critique du christianisme qui en contraignant l'expression immédiate du désir, crée la perversion. Tous les chrétiens et juifs convertis sont donc les communistes de l'Antiquité ayant détruit la Rome germanique en diffusant un message égalitariste et universaliste. Mais aussi en proposant le célibat ils ont encouragé l'homosexualité afin d'entraver la reproduction de la force biologique nordique. (143)
4) Restauration : renaissances
Dans cette configuration, l'État ne crée pas le droit, il est juste un instrument pour la promotion d'une communauté spécifique, l'essentiel étant de restaurer la norme originelle. Mais comment faire avec les chrétiens alors que cette religion a aidé les possédants et les pouvoirs établis depuis l'Antiquité (bien qu'ils aient suivi un prophète juif). « Comment préserver l'ordre social si sa caution transcendante est ébranlée ? » (153)
D'un auteur à l'autre, les valeurs du peuple allemand sont : la race, le sol, le travail, la communauté, l'honneur. Les lois de Nuremberg viennent couronner cette vision avec un texte qui fait « coïncider la nécessité naturelle de la biologie avec l'obligation formelle du droit. » Le législateur devient le greffier de la nature. » (162) La propriété elle-même est réexaminée au profit d'une relation triangulaire entre le propriétaire, la chose et la communauté du peuple. Le propriétaire devenant dès lors un administrateur fidèle plutôt qu'un propriétaire absolu. (169)
Ainsi, les magistrats puisent désormais aux quatre sources du droit que sont les clauses générales (la bonne foi, les bonnes mœurs), le programme du parti, la volonté du Führer et le bon sens populaire. Aussi, pour rendre la justice pleinement populaire, il faut associer aux juges professionnels des juges non professionnels qui doivent être de sang aryen et de sexe masculin.
Que faire des maladies héréditaires et des handicapés ? Ils ne sont pas responsables de leur état, mais il ne doivent pas pouvoir se reproduire. Cette stérilisation délivrera la famille et plus largement le peuple allemand « de la charge psychique et financière de ces inutiles en souffrance » (186) tout en libérant les malades eux-mêmes. Ce type de discours n'est pas exceptionnel au début du XXe siècle, puisqu'on les entend en Angleterre, en France, et, en Suisse, en Scandinavie et aux États-Unis une législation eugéniste a été mise en place. Le terme de bionomie exprime alors les conceptions allemandes : « le peuple allemand est une réalité vitale (bios), et cette vie est prescriptrice, créatrice de normes (nomos) » (195) : la vie est la loi, la loi d'un peuple qui est une totalité vitale bionomique. » (196) Dans ce dispositif, il n'y a pas de distinction entre le droit et la morale, tous deux étant l'expression de la bionomie.
Deuxième partie : combattre
4) « Toute vie est combat »
Pour les partisans du darwinisme social, il n'y a pas de solution de continuité entre la nature et la culture, alors que du côté des nazis, l'homme, considéré comme un être naturel, les lois de la nature s'appliquent à lui : « les singes massacrent tout marginal comme étant étranger à leur communauté. Ce qui vaut pour les singes doit d'autant plus valoir pour les hommes. » (Hitler) Ainsi va le droit construisant des lois abstraites dans une logique internationale et qui s'éloigne de l'expression naturelle des rapports vitaux concrets, explique le juriste Dietze. Il faut donc revenir à la loi du plus fort, mais cette force est notamment alimentée démographiquement et les nazis voient avec inquiétude les pays voisins de l'Allemagne, démographiquement dynamiques et donc inondent les citoyens allemands de discours à propos de la submersion par d'autres peuples (et races). Le péril est donc là et c'est « l'obéissance et la confiance aveugle dans le chef qui sont requises. » (235) « Semblable à l'ordre animal, la communauté de combat est conforme à la nature, à ses principes et à ses fins. » (235)
Car la faiblesse dont l'Allemagne est la victime vient de la culture catholique, et le christianisme est même interdit dans la SS. Car il faut éradiquer cette faiblesse congénitale qui vient de la culture Judéo-chrétienne sans faire d'empathie à l'égard du juif car celui-ci n'est plus considéré comme humain. Il faut donc être « conséquent » selon un des adverbes favoris d’Himmler.
5) Guerre interne : la lutte contre les « Volksfremde »
Le nazisme défend une morale de « à chacun son dû » contre des principes d'égalité : chacun doit recevoir à proportion de sa performance et de sa production. Mais cette vision ne s'inscrit pas dans celle du libéralisme individualiste, qui fait de chaque personne à un individu titulaire de droits à protéger, y compris donc ceux du criminel. Désormais, le droit allemand a pour fin la protection du peuple et non du criminel. Dans ce dispositif, « le droit est une arme, le juge est un soldat. » (263) Ce dépassement du libéralisme ne signifie pas pour autant un retour à l'absolutisme, car celui-ci érigeait l'État en puissance absolue alors que pour les nazis c'est le peuple lui-même qui constitue en tant qu’entité organique–raciale l'absolu. Dans cette démarche est mis fin à la séparation entre la sphère privée et la sphère publique avec la loi du 20 décembre 1934, qui assimile les déclarations privées à des paroles publiques quand leur auteur sait qu'elles peuvent avoir une diffusion dans le public (comme les plaisanteries sur le tour de taille de Göring ou sur la sexualité de Hitler) La lecture biologique du droit a pour conséquence d'induire la faute relevée à la cause, le défaut biologique : le droit pénal est fondée sur les lois de la vie. Cette lecture est alimentée par la révolution de 1918 de la république de Weimar qui a constitué l'apogée du laxisme et de la tolérance, fondée sur la théorie du milieu et de l'individualisme. Par exemple, si l'un des membres d'une famille trahit, et que le clan ne peut prouver qu'il l’a auparavant exclu, alors la famille est tenue pour solidairement responsable. Au lieu du droit individuel, la loi du sang permet donc de s'en prendre aux familles comme par exemple, les familles des déserteurs ou de ceux qui organisèrent l'attentat contre Hitler en juillet 1944, mais encore les prisonniers de guerre accusés d'avoir été capturés par l'ennemi et donc de ne pas avoir combattu jusqu'au bout. Ces ennemis de l'intérieur ne sont plus caractérisés comme asociaux. Dans la terminologie nazie, le terme d'étranger à la communauté remplace progressivement celui d'asocial, car ce dernier renvoie à la société donc à une conception du groupement que les nazis rejettent au profit de la communauté organique, biologique, naturelle. De plus, le Führer concentre tous les pouvoirs, y compris celui de juge. Il incarne la communauté dans son ensemble, à laquelle il promet qu'il n'y aura plus jamais de novembre 1918 dans l'histoire allemande, c'est-à-dire plus jamais de défaite, ce qui a pour conséquence de liquider tous les meneurs contre révolutionnaires potentiels.
6) Guerre externe : « la dureté est douce pour l'avenir »
La guerre des races étant un évènement naturel, « il faut se hisser, par la force de conviction morale et par la dureté physique à la hauteur des éléments. » (314) Éliminer notamment les peuples de l’est (les Polonais) source des problèmes récurrents pour l'Allemagne. Non pas les éliminer totalement car ils sont utiles en tant que main-d'œuvre servile, mais les empêcher d'exister culturellement. C'est pourquoi la brutalité – inédite - est requise pour dégager rapidement le front oriental en cas d’entrée en guerre des démocraties occidentales. La brutalité doit également être médiatisée et servir de dissuasion à l'égard de l'Ouest. Les motifs de la guerre peuvent être inventés, peu importe les motifs, ce qui compte c'est la victoire. La brutalité est encore plus justifiée à l'encontre de l'armée rouge : les usages coutumier du droit de la guerre sont balayés car le communiste représente l'ennemi ultime. Et pour Hitler, il s'agit là d'une guerre d'extermination. Mais le haut commandement nazi, constate qu'en s'attaquant aux populations civiles, l'armée allemande a fait de ses victimes des ennemis irréductibles, puisqu'ils ne leur ont laissé d'autre choix que de mourir ou de résister. Est ainsi pointée du doigt l'aberration d'avoir exterminé les peuples asiatiques alors qu'ils étaient persécutés par Staline, et qu'ils voyaient dans la Wehrmacht une armée libératrice. L'espace de l'est représente donc un danger biologique ultime auquel il faut faire face, puisque les populations sont potentiellement porteuses de maladies (typhus, choléra, peste) de nature à contaminer la saineté allemande. Ce discours de prévention tenu par les officiers allemands à la troupe est suivi d’effet, puisque celle-ci exécute des ordres anormaux sans sourciller : l’acculturation est donc totale. Ainsi, l'ordre « nuit et brouillard » du 7 décembre 1941, exige des soldats que ceux-ci terrorisent par la mort et par surprise les populations locales. C'en est ainsi fini des tribunaux légaux, le décret d'Adolf Hitler substituant à la procédure judiciaire publique, une mesure policière secrète.
Sur le papier, à l'ouest de l'Europe, le territoire reste normé avec « des garanties, des sauvegardes et des scrupules. » (339) Mais les troupes acculturés ayant opéré sur les territoires de l’est vont bientôt sévir en France, occasionnant plusieurs massacres dont celui de Oradour-sur-Glane.
Outre les populations civiles, ce sont les prisonniers de guerre qui sont maltraités, puisque la guerre racio-idéologique vise à éliminer l'élite ennemie et réduire en esclavage les populations. « Les prisonniers soviétiques ne sont ni nourris, ni soignés et sont abandonnés aux rigueur du climat. Sur les 5 millions de soldats, de l'armée rouge qui entrent en détention allemande, 3 300 000 meurent en moins d'un an. » (349) Ce meurtre de masse provoque même des protestations au sein de l'appareil d'État du Reich car il empêche la propagande allemande.
Troisième partie : régner
7) L'ordre international westphalien et versaillais : « finis Germaniae »
Le traité de Versailles de 1919 n'a fait que confirmer le traité de Westphalie signé en 1648. Il a consacré la dépossession de l'Allemagne, et c'est après cette splendeur perdue que les nazis se mettent en quête de combattre. Pour eux, les traités ne sont qu'un bout de papier qui peuvent être démentis par la réalité : le droit n’est pas absolu. Les faits sont les premiers. Le droit et le résultat d'un rapport de force lequel peut évoluer. Aussi, les Allemands voient-il dans le traité de Versailles, le moment d'une dépossession de leur sol, et donc potentiellement de ce qu'il est nourrit. « Privé de son sol, le sang ne peut que dépérir. L'organisme allemand est dès lors bel et bien estropié, tel un corps privé d'une partie de ses membres. » (389) Pire encore, Versailles est « une intrusion dans le corps du peuple allemand », non seulement parce que les voies d'eau sont internationalisées, mais aussi parce que les dispositions du droit international interviennent dans les constitution nationales. Aux yeux des Allemands, les alliés ont foulé aux pieds une maxime fondamentale du droit : même avec son ennemi, il faut être honnête. Car l'Allemagne cultive l'honneur et respecte les règles au combat, ne succombant jamais à la tentation de la guerre de partisans, mais la subordonnant « à l'éthique de la modération, de la discipline et du contrôle de soi. » (398) Aussi les liens de confiance qui régissaient les nations au sein de la communauté internationale ont-ils été rompus. L'Allemagne est dès lors bien fondée à réparer les torts qu'elle a subis. Adolf Hitler se permet même de se réclamer de la doctrine de Monroe, C'est-à-dire la défense des intérêts du Reich. Celui-ci, selon Carl Schmitt ne peut pas être traduit par les équivalents d'imperium ou d'empire puisqu'il est une identité essentiellement déterminée par le peuple qui l'habite : « un ordre juridique, essentiellement non universaliste, fondé sur le respect de chaque peuple, aux antipodes, donc, des idéaux d'assimilation et de melting-pot des empires et des démocraties occidentales. » (407) Le droit des peuples contre le droit global universaliste.
8) Reich et colonisation de l'Est européen
L'expérience historique de la Première Guerre mondiale a montré que l'Allemagne était vulnérable à cause de l'absence de frontières naturelles et le blocus a alors provoqué une famine à partir de 1917. C'est pourquoi l'espace à l'est est vu comme vital. Et alors que la culture est ce qui plonge ses racines dans les profondeurs de la terre, et donc est liée à la nature, dans la vision nazie, le juif est tout le contraire, puisqu'il est déraciné, un « homme du bitume, réticulaire, horizontal, rhizomatique qui n'a plus de racine et vit hors-sol. » (418) De même, le slave est vu comme naturellement fainéant et est donc là pour exécuter des travaux ignobles. Il faut donc leur délivrer un enseignement minimal en dessous du niveau d'intelligence requis pour posséder une conscience de soi.
Pour les nazis, donc l'est est un espace d'expansion naturel et moins fantasmatique que les colonisations d'outre-mer dont les conquêtes sont plus artificielles car éloignées (climatiquement, historiquement, culturellement) de l'environnement proche. Et comme la race ne gît pas dans la langue, mais dans le sang, on ne peut germaniser le sang des inférieurs (Adolf Hitler). Le travail de la SS consiste donc à identifier ceux qui appartiennent à la même race, mais sans mélange. Car au fond, pour les nazis, les peuples slaves sont des esclaves–nés réclamant un maître, et il n'est pas qu'un question d'invoquer des droits car « les relations juridiques sont une invention des hommes. La nature ne connaît ni cadastre ni notaire ! Nos cieux ne connaissent que la force. » (Adolf Hitler) (449) Pour cela, il peut s'appuyer sur des précédents comme la colonisation américaine qui a fait peu de cas des Indiens.
9) Le millénium comme frontière
« Le dedans et le dehors font l'objet d'une distinction–ségrégation extrême. » (451) À chaque instant, il faut montrer que les Allemands sont un peuple soudé et que règnent la camaraderie, et qu'un Allemand de basse condition vaut toujours mieux que le roi d'un pays étranger. La guerre a vidé le pays de ses hommes puisque au total 18 millions d'hommes ont revêtu l'uniforme entre 1939 et 1945. Ce départ massif a été en partie compensé par l'arrivée de 5 millions de travailleurs polonais et de l’est. Hitler remet en cause les frontières politiques pour ne plus considérer que les entités biologiques. Son dessein est de créer des ensembles raciaux, cohérents et homogènes. Et cela au sein de l'Europe. Ce schéma est proche des colonisation européennes antérieures qui considérait d'abord leur empire, mais les Allemands, le font dans une froideur gestionnaire inégalée : « tout est réifié, quantifié, mis en équation. » (477) S’il ne faut pas qu'il y ait de mélange, en revanche, la soldatesque méritant le repos du guerrier, celui-ci peut avoir lieu, mais dans des bordels officiels.
Après la défaite les dirigeants nazis ont été confrontés à leurs actions, et par exemple le commandant d'Auschwitz, Rudolph, Höss, affirme qu'il était troublé par l'extermination des femmes et des enfants, mais y voyait là une tâche nécessaire pour libérer l'Allemagne. Et si cette idée était « fondamentalement mauvaise », ce n'est pas en raison de sa réalité intrinsèque, mais parce qu'elle n'a pas servi la cause de l'Allemagne, attirant sur elle « la haine du monde » autrement dit elle n'a pas été efficace, et « la juiverie a fait avancer sa cause ». (509)
Conclusion
Le nazisme est une vision du monde, c'est-à-dire d'abord une vision de l'histoire, une histoire d'essence normative : « le récit secrète la norme, une norme qui dicte comment agir, et pourquoi. Que faire devant la détresse millénaire de la race nordique – et l'urgence du temps présent ? Procréer et combattre pour, enfin, régner. » (520) Et donc là, une dimension proprement eschatologique dont on peut rendre compte à partir des textes, images et paroles des nazis, lesquels étaient donc convaincus par ce qu'ils avançaient, et que l'on retrouve « par capillarité, imitation ou citation partout. » (523) Ils avançaient que la guerre contre les criminels, les peines de sûreté, la colonisation, etc. étaient mise en pratique ailleurs, et que donc leur politique ne présentait pas de différence de nature, tout au plus une différence de degré. « La seule transgression pleinement revendiquée – pour mieux s'en vanter – est celle de la solution finale. » (525) Ces idées radicales devenaient impérative, voir performative en particulier, celui de l'antisémitisme biomédical, qui n'est pas propre au nazisme, puisqu'il était dans l'air du temps depuis le XIXe siècle (considérer les juifs comme des bacilles, parasites, microbes), et l’antisémitisme débouche sur une action souhaitable que dans un contexte spécifique, celui de l'automne 1941 avec la situation sanitaire catastrophique dans les ghettos. « L'impératif est dicté par le sang, la prescription est particulariste. Enfin, plus de scrupule, plus de conscience. La conscience est une instance torturée et malade, inventée par des êtres mélangés, morbides, qui entrave l'action pour paralyser, puis tuer l’acteur. Contre la conscience, c'est la conséquence qui est promue : il faut être konsequent. » (530)

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