Historiciser la violence

  


Robert Muchembled, Une histoire de la violence. De la fin du Moyen Âge à nos jours, Seuil, 502 p. 


La courbe des homicides répertoriés dans les archives judiciaires a baissé de moitié vers 1600 ,suivi d'un effondrement plus spectaculaire. Le nombre de cas est divisé par dix en trois siècles jusqu'aux années 1960, puis les décennies suivantes connaissent une relative remontée. On observe une différence entre la Russie, où le taux homicides a atteint 28,4 pour 100 000 habitants alors qu'il fluctue entre 1,9 et 0,7 dans la Communauté européenne dans les années 2000. Une constante : la faible représentation des femmes dans cette activité. Cette longue décroissance est passée par « la paix urbaine », un dispositif d'amendes et de sanctions jugulant l'agressivité des jeunes et développant le sens de l'autocontrôle. Ce processus s'inscrit aussi dans l'encodage de l'agressivité aristocratique en l'orientant vers le service armé du prince, et plus tard de la nation. Mais le monde paysan s'oppose longtemps à l'érosion de ses traditions viriles et fondatrices.


1) Qu'est-ce que la violence ?

Sous l'Ancien Régime, tous les hommes sont éduqués dans le cadre d'une culture de la violence. Il s'agit « de défendre l'honneur masculin contre les compétiteurs. » On observe cela en Occident jusqu'au XVIIe siècle. La personnalité masculine est façonnée « sur le modèle noble de la virilité. » (18) La violence se distingue de l'agressivité dont la pulsion semble plus animale alors que la première peut être inhibée par les civilisations. Du côté de l'agression, il y a la défense du territoire individuel ou du groupe (Lorenz), une approche critiquée par d'autres chercheurs qui pensent que la coopération et la solidarité sont au contraire des caractéristiques des sociétés humaines.

Il y a des dimensions psychologiques à la violence, activée par les frustrations ou les blessures narcissiques, et qui peut aussi être renforcée par l'effet « foule » les individus se sentant désinhibés (Le Bon), mais aussi le développement d'une agressivité pathologique en cas de surpopulation (Hall). Mais dans l'ensemble, quels que soient les lieux considérés (Empires japonais ou chinois, monarchies absolues occidentales), la violence individuelle devient illégitime au profit de la violence d'État.

Les taux d'homicide les plus importants au XIIIe siècle sont de 100 meurtres pour 100 000 habitants, mais comme ce sont principalement des hommes, on pourrait dire 100 meurtriers pour 50 000 hommes soit environ 0,2 % du contingent. Ils appartiennent à la classe d'âge des jeunes mâles à marier qui cherchent à prouver leur virilité. On peut calculer qu'un garçon célibataire sur mille se révèle un assassin, ce n'est donc pas banal, même si la chose est 100 fois plus fréquente que de nos jours. Ce taux passe à 10 pour 100 000 dans la première moitié du XVIIe siècle, l'effondrement est spectaculaire. La société requiert désormais l'autocontrôle et donc une sensibilité nouvelle émerge avec un dégoût du sang et un tabou de la violence avant que le système occidental ne parte à la conquête du globe.

Mais ce passage de la vengeance privée fondée sur la défense collective de l'honneur à l'interdiction de l'homicide a d'abord lieu au sein des bonnes familles, avec l'invention très codifiée du duel, qui permet aux nobles de conserver un droit à la brutalité sanguinaire, avant que la monarchie ne les somme d'abandonner cette pratique pour consacrer leur vitalité à la seule gloire du prince. Ce qui donc, reste longtemps, prééminent, c'est la défense de l'honneur, à travers la préservation de la pureté des femmes, mais aussi à travers l'affirmation de sa propre virilité : « dans ce cadre, la violence est à la fois légitime et obligatoire pour échapper à la honte. » (49)


2) Le spectaculaire déclin de la violence depuis sept siècles

Toutes les violences ne sont pas enregistrées : les injures, les menaces, les coups ne laissant pas de traces, ou encore la brutalité dans une famille, etc. Mais la chute est spectaculaire puisque désormais les taux d'homicides s'établissent à 0,4–0,6 pour 100 000 habitants. Et le mouvement concerne tous les types de violence y compris le vol avec l’hypothèse que l'excès de meurtres légaux contribue à écœurer les contemporains, puisque la baisse de 1620 succède à de longs conflits religieux et les taux actuels aux deux guerres mondiales du XXe siècle. Les femmes coupables représentent entre 5 et 12 % des cas, proportion stable depuis le XIIIe siècle. Une culture du combat au couteau, continue à prospérer à travers les siècles, comme expression de l'honneur masculin ; elle concerne toutes les catégories de population, pas forcément dans un but meurtrier, mais sous la forme de rituels et de défis.


3) Les fêtes juvénile de la violence (XIIIe–XVIIe siècle)

Dans cette société rurale d'Ancien Régime, les petits garçons sont envoyés garder les troupeaux où ils rencontrent leurs homologues des villages voisins et y apprennent à se faire respecter à coups de houlette et de fronde, une blessure reçue ou donnée constituant un motif de fierté, tout cela sous le regard des adultes qui les encouragent. Restif de la Bretonne peut aussi observer que ces petits garçons exhibent leur verge les uns devant les autres, sans aucune pudeur. Par ailleurs, l'âge au mariage recule puisqu'à la veille de la Révolution, il se situe entre 28 et 30 ans, alors qu'à la fin du Moyen Âge, il est de 23 ans. Aussi, les jeunes hommes sont-ils agités de pulsions insatisfaites pendant 10 à 15 ans : masturbations parfois collectives, étreintes avec des femmes mariées ou des veuves, prostitution, viols sont leurs recours. Mais l'ordre, en particulier religieux, fruste ces jeunes hommes, qui obtiennent en contrepartie l'accès à une violence ritualisée, fût-elle mortelle. (96) Elle s'exerce dans des endroits fréquentés comme la place, l'église, le cimetière ou la taverne, « des terrains de parade où chacun doit mettre en scène sa personnalité afin de la faire reconnaître par les autres. » (100) Les homicides ont souvent lieu un dimanche ou un jour de fête, le soir ou la nuit. Ces combats ont lieu à l'épée ou au couteau et manifestent la virilité du porteur. Il faut humilier l'adversaire en touchant la partie la plus volée valorisée : la tête.


4) La paix urbaine à la fin du Moyen Âge

Si la société européenne de la fin du Moyen Âge est caractérisée par une très forte violence, il existe un espace social où se mettent en place des valeurs différentes : la ville, une voie entre l'univers dominant des aristocrates et celui des paysans. Bon nombre d'individus déracinés et chassés des campagnes car n'y trouvant pas leur place essaient de s’y installer, mais ils restent le plus souvent à la porte où ils côtoient des natifs bannis pour avoir transgressé les lois. Il y existe une sorte de cour des Miracles, faite de boisson, de sexe et de violence, alors qu'à l'intérieur de la cité, la vie est pacifiée et normalisée. Par exemple, en 1542 à Florence, est promulguée une loi interdisant, la sodomie contribuant à définir la culture virile en termes d'hétérosexualité. Le moyen de faire respecter ces lois urbaines sont les amendes : « le très grand nombre de sanctions pécuniaires pour violences témoigne d'une modification symptomatique des relations humaines. » (170) Les autres moyens étant l'expulsion ou l'exil volontaire, alors que le châtiment corporel est plutôt rare, alors qu'il fleurira sous les grandes monarchies modernes avec les progrès d'un modèle répressif centralisé permettant un meilleur contrôle des espaces intermédiaires.


5) Cain et Médée. Homicide et construction des genres sexuels (1500–1650)

Ainsi, les adultes, au Moyen Âge, considéraient avec tolérance les excès des jeunes mâles meurtriers. Le changement fondamental de perception débute au XVIe siècle et prend racine dans les mutations des pratiques judiciaires en Europe occidentale. L'État s’appuyant sur une Eglise unique, exige le monopole de la surveillance des âmes, afin de mieux remplir les missions dévolues au prince : « défendre la vraie foi, maintenir la paix, imposer le droit et promouvoir le bien collectif. » (187) Les supplices infligées aux régicides, aux homosexuels, aux sorcières, ou à ceux qui contestent les dogmes de la religion, ont occulté des phénomènes massifs, banals, mais essentiels : la surveillance des corps et des âmes au moyen de cette invention du pénal, et permettant ainsi l'avènement d’une domination légitime. Le spectacle du supplice qui draine des foules importantes, permet de mettre la souffrance physique à distance et donc de détacher le peuple de son goût établi pour la violence et le sang. Entre 1550 et 1650, tous les Etats identifient l'homicide et l'infanticide comme deux formes dangereuses, le vol prenant le relais au XVIIIe siècle. Les sanctions décrétées, dont la peine capitale, s'appliquent très majoritairement à des jeunes gens. Le rôle des cours criminelles participe donc à cet effort d'encadrement autoritaire des jeunes générations en les culpabilisant. L'âge d'or de la torture judiciaire se limite au XVIe siècle et au début du suivant. Ainsi, la vie prend progressivement plus d'importance aux yeux de tous. (208) Par contraste, « la punition extraordinairement cruelle réservée au régicide en fait l’axe essentiel de la vengeance divine, mise en œuvre par ses représentants sur terre. Autour d'elle, s'ordonne la sanction impérative de tous les meurtriers. S'ils n'ont pas l'excuse de la légitime défense ou de l’acte accidentel, ils doivent inéluctablement subir une loi du talion légalisée, moralisée et développée comme un spectacle édifiant pour les foules » (210) Pour asseoir cette vision, apparaissent de supports nouveaux : canards, estampes, et formes littéraires. Sur les lieux des supplices, on assiste à une sorte de grande fête, cette scène de brutalité légale remplace les anciens divertissements sanguinaires, désormais interdits (216). Quand le châtiment paraît proportionné au délit, la foule assiste sans émotion apparente à la sanction, même si à la vue du cadavre démembré, une émotion peut surgir comme identification collective, « faite de frissons individuels, à cette enveloppe charnelle martyrisée, sans rapport direct avec ses méfaits. » (219) L'arsenal pénal est donc destiné à modifier le comportement des adolescents en leur démontrant que la transgression peut coûter la vie, et ce dispositif fonctionne, puisqu'on assiste à un déclin rapide des mutilations corporelles, des condamnations à mort et de l'usage de la torture avant même l'émergence des lumières philosophiques. (228)

Mais si la loi exige le contrôle de soi, la société, en particulier rurale, valorise le potentiel agressif des jeunes hommes, pour défendre leur vie, leur famille, leurs droits, leur communauté, leur pays, et qu'il peut donc rudoyer femmes, enfants ou serviteurs. De ce point de vue, la violence mâle est « naturelle, honorable, voire nécessaire. » (231) Alors que la femme est perçue comme anormale et mauvaise - à travers l’image de l'empoisonneuse ou de l'homicide -, alors que les statistiques disent pourtant que ces actes sont rares. Demeure l'infanticide : environ 3 000 femmes auraient été pendues entre la moitié du XVIe siècle et la Révolution française en France. La justice faisant preuve de rapidité dans le traitement de ces affaires. Le comportement des femmes change après 1700 avec l'abandon des enfants : à Paris, la moyenne annuelle des enfants trouvés passe de 825 en 1700 à 6 000 avant la Révolution (248). Mais la moitié des nouveau-nés recueillis meurent avant d'atteindre un an.


6) Duel nobiliaire, révoltes populaires. Les métamorphoses de la violence

Le duel (une exception française) a atteint son apogée au moment, même où les grandes révoltes paysannes sont à leur paroxysme. L'État moderne fait pourtant son apparition. Il cherche à canaliser l'agressivité des sujets en les envoyant sur les champs de bataille défendre le territoire pour lequel aristocrates et paysans sont requis. D'ailleurs, sous Louis XIV, le pays est transformé en forteresse par Vauban, les résistances intérieures sont démantelées et les populations sont sommées de ne plus porter d'armes et de s'en remettre à la sécurité garantie par la maréchaussée royale. Là aussi cette mutation dans l'expression de la violence s'appuie sur des outils comme les romans de cape et d'épée qui autorisent « des défoulements oniriques. » (284)

La violence qui s'exprime dans la société sous la forme d'émotion collective paysanne entre 1550 et 1650 est souvent provoquée par la dégradation des conditions d'existence, la pression fiscale et les famines. Elle a lieu à partir du printemps pour culminer pendant l'été, c'est-à-dire suivant le calendrier de la violence festive juvénile traditionnelle (292). Ces levées en masse protestataires, dépassent l'habituelle xénophobie entre communautés voisines, mais souffrent précisément souvent de cette faiblesse constitutive, puisque chaque bande suit ses chefs pour aller à la bataille. « Immense protestation collective contre de nouvelles normes morales puritaines mal appliquées mais très perturbatrices de la vie quotidienne, les grandes guerres paysanes dépassent les revendications exprimées pour devenir les symptômes d'un malaise. Elles révèlent un refus obstiné d'abandonner les traditions culturelles ancestrales qui valorisent la violence virile comme moyen de se faire un jour une place au soleil dans un monde inchangé. » (297)

Il se met en place progressivement une vision différenciée dans la société de ce qui est admissible, et de ce qui est condamnable. Une ligne de partage s’établit entre les préjugés nobiliaires et des autres classes supérieures vis-à-vis des couches sociales inférieures, stigmatisées pour leur comportement aux moeurs violentes et à la sexualité relâchée.


7) La violence apprivoisée (1650–1960)

Dans cette longue séquence historique, se met en place une distinction fondamentale entre les formes de violence légitimes et illégitimes : la première pour la défense de la patrie et la conquête des territoires outre-mer, alors que la deuxième est considérée comme dangereuse et perturbatrice de l'ordre social. Pour parvenir à la pacification des mœurs, il existe deux instruments historiques mis en lumière par Norbert Elias et Michel Foucault : d'un côté, des processus d'autocontrôle limitant l'expression de l’agressivité dans l'espace public, qui concernent surtout les couches supérieures ; de l'autre, des techniques de gestion de la brutalité sous la forme de pratiques disciplinaires dans une tactique générale des assujettissements (la prison). La justice criminelle est ainsi une des agences principales de socialisation. Et, de fait, on observe une tendance à la baisse de la violence ordinaire, autant dans l'espace public que dans l'espace privé, où les métropoles urbaines, contrairement à un cliché répandu, sont le principal moteur du changement. (312)

Au XIXe siècle, les individus qui demeurent en dehors de l'espace normatif, commencent généralement leur parcours par le vol, auquel s’ajoutent les atteintes sexuelles sur les petites filles et les confrontations viriles pour les mâles.

Sur la durée, « le déclin de la violence fatale et le recul de la peine de mort sont intimement liés. Ils composent les deux faces d'un même processus de valorisation de la vie humaine qui fait l'originalité de l'Europe et des valeurs universelles qu’elle exporte depuis le XIXe siècle. » (326) Un processus enclenché, on se souvient, dans les villes éclairées et surveillées à partir du XVIe siècle. La ville, par la forte promiscuité, requiert une pacification des mœurs, même si on peut observer par exemple en Angleterre, que le combat à mains nues continue alors que l'usage du couteau est considéré comme une preuve de couardise. À la fin du XIXe siècle, à Rome, le duel à l'arme blanche demeure une tradition importante, mais finit par être proscrit.

Les lieux des conflits changent : le cabaret est supplanté par la maison, les annexes et la cour. Mais en termes de temporalité, la conflictualité continue à monter en été.

Si les autorités demeurent préoccupées par la répression de la criminalité juvénile, on note qu'à la fin du XIXe siècle la croissance des dénonciations visant le viol des petites filles, l'inceste et les sévices envers les mineurs constitue comme une première étape de la définition ultérieure de la pédophilie.


8) Frissons mortels et récits noirs (XVI–XXe siècle)

La culture virile juvénile de plus en plus refoulée est retrouvée sous la forme de récits fictifs colportés par le livre, et l'image, puis par la bande dessinée, le cinéma, la chanson ou la musique. Le roman policier remplit ainsi des fonctions contradictoires de « pacifier les mœurs des garçons pubères en leur offrant l'exutoire de frissons mortels sans passer à l'acte, mais aussi préparer l'éventualité de ce dernier, dont témoignent deux effroyables hécatombes mondiales. » (378)

Bien que démantelé au XVIIIe siècle au moyen d’un long procès contre 742 individus, la bande dirigée par Cartouche reste, au fil des siècles, un mythe portant sur le geste d'un redresseur de torts, et d’un rebelle social. Ce mythe est plus souvent endossé par les couches, moyennes citadines qui expriment à travers lui leurs frustrations. Ce qui fait la popularité de ces individus, c'est la construction de l’image d'un bandit romantique, sachant contrôler son agressivité.

La fascination pour le crime s'impose au XIXe siècle et envahit les faits divers des journaux : « devenue discrète dans la vie quotidienne, la brutalité passionne les foules. » (408)


9) Le retour des bandes. Adolescence et violence contemporaines

Au XXIe siècle, les risques d'homicide sont très inégaux à travers le monde. Si l'on ajoute les suicides et les accidents de transport, ces trois causes représentent 3 % des décès au Royaume-Uni, 4 % en Allemagne, et en Suède, 6 % aux États-Unis, 8 % en France, et au Japon, alors que l'Ukraine affiche 10 %, la Russie, 18 % et la Colombie, 24 %. Néanmoins, on a pointé une augmentation des taux de délinquance depuis les années 1960, la décennie 1980 atteignant des records dans le domaine des vols, de la drogue ou des violences physiques, en raison d’un relâchement des procédures informelles de contrôle par la famille et les institutions. Mais par la suite, et contrairement à une idée reçue, les homicides ont reculé aux États-Unis, depuis 1990. Le coupable-type est cependant de plus en plus précoce. « Si les adolescents tueurs se révèlent de plus en plus rares au fil des siècles, les pics meurtriers qui leur sont imputables, constituent chaque fois un indice de dégradation accentuée des relations avec les hommes mûrs établis. » (436) N'est-ce pas là le signe qu'ils ne tirent pas suffisamment de bénéfices immédiats de cette civilisation des mœurs ? (445) Tel l'exemple des émeutes de 2005, dans les banlieues françaises à la suite de la mort de deux jeunes à Clichy-sous-Bois. Elles rappellent les émeutes populaires du XVIIe siècle, brutales et sanglantes, mais sans programme, des révoltes contre l'humiliation quotidienne. Les formes semblent les mêmes, s’inscrivant dans une expression festive, une sorte de carnaval où les règles sociales sont suspendues. (459) Il est par ailleurs paradoxal de critiquer l'agressivité alors que celle-ci est exigée par la société pour réussir.



Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Jana Cerná : Pas dans le cul aujourd'hui

Le destin du capitalisme

Le rôle de la mère dans le développement de l'enfant