Les spécificités de la connaissance scientifiques
Gaston Bachelard, Le rationalisme appliqué , PUF, 1949, 215 p.
chap VI : connaissance commune et connaissance scientifique
Rupture avec la connaissance vulgaire, même informée. Opposer la science vivante à la science morte. Car révolution scientifique successives : 4 périodes :
antiquité : état théologique ;
moyen-âge : état métaphysique ;
temps modernes : état positiviste ;
contemporaine : rupture entre expérience commune et techniques scientifiques.
= caractère indirect des déterminations du réel.
Exemple :
- balance : positivisme (technique directe) = expérience nouvelle = principe d'identité (même notion de masse).
- spectroscope de masse (isotopes) : rationalisme appliqué ou science (technique indirecte) = pas de signification directe ds la vie commune car phénomènes cachés = rupture = épistémologie discursive = les données sont des résultats.
= désormais, primauté de la réflexion sur l'aperception. Mais il faut passer par le positivisme pour le dépasser. Il faut voir ce qu'il apporte = fin de la spéculation, l'idéalisme, la philosophie de la nature.
4e état : science instrumentale et rationaliste.
Progrès accompli depuis le 18e s ainsi que diffusion ; mais ce 4e état est tel qu'il fonde chez le savant 2 comportements :
pensée scientifique
pensée commune
Même si l'enseignement de la science peut masquer cette rupture : par effet pédagogique, en voulant partir du connu ou/et en voulant faire l'histoire des doctrines, de la science, le savant peut réalimenter l'idée d'un continuum entre pensée commune et connaissance scientifique, et même (surtout) dans la science.
Il y a coexistence des 3 états ds la science.
Exemple de rupture : la lampe à incandescence (Edison) :
- avant : éclairage = combustion ;
- avec Edison : éclairage = empêcher la combustion ;
avant : chercher les matières et les combustibles ;
- avec Edison : lampe fermée.
= institution d'une technique non naturelle, qui ne prend pas source dans un examen empirique de la réalité, de la nature. Car dans la science naturelle (18e), identité entre feu, électricité, lumière. Donc, la matière (bois, résine) contiendrait le feu de façon emprisonnée.
Alors que la conception scientifique s'inspire de lois algébriques.
W = R I²t
R = p l/s (résistivité du métal x longueur du fil / section du fil)
Donc pour que R augmente, il faut que s diminue et l augmente = la lampe dure plus longtemps.
= objets concrets-abtsraits : « pour en comprendre le fonctionnement, il faut faire un détour qui nous entraîne dans une étude des relations des phénomènes, c'est-à-dire dans une science rationnelle, exprimée algébriquement. » (109)
= il est deux fois objet :
- cassable, objet perçu ;
- système réalisé de lois, objet pensé.
Préciser le perçu = demeurer au stade de la perception.
Construire son objet : progrès de connaissance véritable.
Cette opposition se voit dans la difficulté qu'a la science de se défaire de valeurs qui gouvernent les connaissances communes : air vicié, odeur désagréable, carbonique, régénéré par les plantes... qui sentent bon. Fonde d'ailleurs une cosmogonie. « La connaissance rationaliste ne « commence » pas. Elle rectifie. Elle régularise. Elle normalise. Elle est positive. » (112)
Il faut rompre avec l'idée que la connaissance est toujours réductible à la sensation. Car l'analyse diffère de la synthèse.
Contrairement aux philosophes qui spéculent sur un homme doté de 6, 7 sens (ou d'un seul) et des conséquences sur sa connaissance, celle-ci ne découle pas (ou plus) des sens, donc la question est absurde, erronée.
L'exemple des couleurs est probant. Physiquement, via le prisme de newton, l'ordination des couleurs est linéaire : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé. Biologiquement via les sensations, l'ordination est circulaire, jaune, rouge, bleu. Les autres nuances résultent d'un mélange de couleurs fondamentales : rouge + jaune = orange, jaune + bleu =vert, bleu + rouge = violet.
Les deux approches semblent vraies, mais la seconde est plus concrète (on le voit) = deux rationalismes s'opposent (rationalismes régionaux). Mais la biologie mesure la réfraction sur la rétine, est donc intermédiaire. Alors que la physique mesure le phénomène en tant que tel.
Dans une conception circulaire, le système est fermé : où ranger l'ultraviolet, l'infrarouge ?
= les couleurs résultent d'une longueur d'onde.
Donc la connaissance immédiate, celle qui résulte de l'expérience directe, sensible, ne permet pas d'atteindre la réalité, l'objectivité du phénomène.
Conclusion
« La culture scientifique nous demande de vivre un effort de la pensée. » (214)
Cette difficulté : caractère distinctif, fondamental de la science contemporaine car elle est inductrice, créatrice, dialectique. Elle ne peut pas être plus simple.
Elle est à tous les niveaux, y compris ds le détail, synthèse. « Les concepts scientifiques n'ont de sens que dans leur interceptualisme. » (214) Les sciences sont différentes de la contemplation car li y a un effort de construction.

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