Monographie sur le Choletais

  


Alain Chauvet, Porte nantaise et isolat choletais. Essai de géographie régionale, Éditions Hérault, Montpellier, 1987. 270 p.


La Vendée (militaire et culturelle) choletaise est un isolat (basé sur une très vieille et permanente marche interrégionale).

Elle comprend les Mauges, le nord-est, le nord-ouest des Deux Sèvres et le vignoble de Loire-Atlantique.

La capacité d'innovation se caractérise par sa nature : endogène avec des entrepreneurs locaux ; concertée avec des « connivences, des consentements tacites entre les diverses personnes ou différents groupes porteurs d'initiative » comme les commerçants, les industriels, les négociants, les propriétaires, les notables, le clergé.

Boussay obtint son rattachement à la Loire-Inférieure sous la Révolution par un échange avec la Bruffière (114).

Boussay-Clisson entre Cholet et Nantes du point de vue de l'influence (127) = calvaires, chapelles, monuments « témoignent d'une tradition culturelle vendéenne qui, dans les pays du vignoble se superpose à la tradition nantaise. » (128)

Autonomie communale pour le Bignon et Pont Saint-Martin en 1865.

Espaces vécus (à propos de Saint-Fulgent) : « Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, l'espace vécu de l'ouvrier semble plus enraciné dans le milieu local que celui de l'agriculteur. » (151) = moins large, et plus cloisonné. Car à part les vacances, repli sur l'usine, la maison, l'association.

Au début du siècle les métayers de propriétaires républicains envoyaient leurs enfants à l'école publique ; tandis que ceux de propriétaires royalistes envoyaient les leurs à l'école privée = signe de la domination sociale (153).

Les propriétaires sont donc divers, mais contrôlent l'ensemble de la vie sociale, politique, associative, économique. On assiste à un renoncement à la fin des années 1950, comme de la part des curés, en conflit avec les notables de Saint-Fulgent, les Brouzils, Bazoge-en-Paillers où l'on osait fêter le 14 Juillet (153).

Ne faut-il pas considérer que « les mêmes causes ont pu déclencher l'industrialisation actuelle en milieu rural comme la contre-révolution vendéenne 150 ans auparavant? » (158)

« Ne retrouve-t-on pas la volonté collective, dans des communautés solidement organisées de promouvoir, dans un cas, la liberté révolutionnaire et, dans l'autre, le progrès industriel, sans rompre leur autonomie, ni renier leur héritage culturel, plus particulièrement religieux ? » (158)

Changements d'utopie, de la chrétienne à d'autres.

« La société vendéenne, loin d'être communautaire, reste fondamentalement hiérarchisée, inégalitaire. Mais cette autorité et cette inégalité imposées par l'aristocratie rurale vendéenne, au nom de la doctrine chrétienne,était souvent moins insupportables que celle de la bourgeoisie citadine française au nom des grands principes révolutionnaires. » (166)

Grâce à « une sorte de contre-pouvoir populaire », à la fois économique et culturel, le développement et la modernisation furent enclenchés. (166)

« Le catholicisme, en Vendée, plus qu'ailleurs sans doute, avait ancré dans les esprits l'idée de salut individuel ou se conjuguent la grâce divine et l’œuvre personnelle de chacun. »(166)

= Reconnaissance unanime de l'inégalité physique, morale, intellectuelle des hommes.

Cette inégalité fonde aussi la complémentarité, la responsabilité.

Trois phases d'industrialisation : 1860–1914, 1914-1960, 1960 à nos jours.

« Il est cependant étrange de constater la permanence de cet isolat à travers le temps : la nébuleuse industrielle en milieu rural, qu'on peut appeler Vendée Choletaise, correspond au foyer principal de l'insurrection de 1793. La Vendée contre-révolutionnaire était déjà auparavant un pôle de résistance à la réforme venue de la Rochelle, comme à la Renaissance arrivée par la Loire. Enfin quelques siècles plus tôt, elle formait un bastion convoité par les Aquitains, les Francs, et les Bretons. L'isolat culturel apparaît donc étrangement superposé à cet isolat géographique, cette marche permanente, sorte d'enclave repliée sur elle-même à l'écart des grandes voies d'échange et de relations qu'étaient la porte océane nantaise, le carrefour angevin et la route poitevine.

Les moyens de communication actuels ont ouvert cette enclave, mais l'intégration entre l'homme et ses lieux ne peut se rompre en un jour ; entre le lieu et l'utopie, entre l'isolat géo-choletais et l'utopie vendéenne, le lien n'est peut-être pas rompu. » (172)

L'espace se présente comme un espace vécu : les lieux deviennent non plus des cadres objectifs, mais des « constructions de l'expérience humaine ». (195)

En lisant Gracq on voit cela à trois niveaux ;

  • Celui de lieux définis, clos : quartier, édifice, maison.

  • Celui des itinéraires dans la ville ; voie ferrée, rue, route, promenade, point de vue, atmosphère, lumières.

  • Celui des lisières, ou frontières: entre quartiers, entre lieux, par la Loire.

Boussay et Gétigné faisaient partie avant la Révolution française des Marches séparantes de Bretagne et Poitou.

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