Une sociologie des médias

  


Pierre Bourdieu, Sur la télévision, suivi de L’emprise du journalisme, Liber, 1996, 95 p.


L’auteur s’attache à montrer le fonctionnement de la télévision indépendamment de ce que peuvent en dire ses acteurs. C’est donc à une analyse structurale qu’il nous convie : déceler derrière les prises de position et les discours, les positions et les forces qui font que la télévision est ce qu’elle est. Avant tout elle se présente comme un lieu de concurrence économique dominé par l’audimat. Dans le champ médiatique elle occupe une place dominante, ce qui n’a pas toujours été le cas (années 1950-1960). Cette domination s’impose à tous au sein du champ, y compris à la presse écrite qui tient compte de ce qui se dit et se fait à la télévision (« la circulation circulaire de l’information »). Le langage télévisé est de nature particulière, et recrute pour cela des agents particuliers. Ainsi elle a ses intellectuels patentés, les fast-thinkers, qui présentent la capacité de penser à une vitesse accélérée, ce qui est contradictoire avec l’idée même de penser. Comment font-ils, sinon en pensant par idées reçues : « les idées reçues dont parle Flaubert ce sont des idées reçues par tout le monde, banales, convenues, communes ; mais ce sont aussi des idées qui quand vous les recevez, sont déjà reçues, en sorte que le problème de leur réception ne se pose pas. » (30) Ces producteurs d’idées toutes faites, ces intellectuels médiatisés, répondent à la loi de Jdanov : « plus un producteur culturel est autonome, riche en capital spécifique et exclusivement tourné vers le marché restreint sur lequel on a pour clients que ses propres concurrents, et plus il sera enclin à la résistance [au point de ne pas venir à la télévision]. Plus au contraire il destine ses produits au marché de la grande production (comme les essayistes, les écrivains-journalistes, les romanciers conformes), plus il est enclin à collaborer avec les pouvoirs externes, État, Église, Parti, et, aujourd’hui, journalisme et TV, à se soumettre à leurs demandes ou leurs commandes. » (73)


C’est un livre corrosif qui actualise, à certains égards, les thèses d’Althusser sur les Appareils idéologiques d'État.

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